Un parking façon « street art« 

A l’Armancette, le parking est métamorphosé, c’est un lieu d’exposition et de rencontres…

L’hotel Armancette a laissé carte blanche aux artistes Irsut et Zoer pour transformer cet espace aux murs gris et au sol bétonné qu’est habituellement un parking. En réponse à cette proposition inédite, ils ont imaginé Passages.

Irsut et Zoer ont choisi de créer un dialogue entre leurs univers, abstrait pour l’un, figuratif pour l’autre, et de séquencer l’espace en délimitant des zones par la lumière. Au plafond, de grandes nappes colorées ouvrent le lieu et font voyager le regard. Leurs peintures murales, composées comme des tableaux, jouent avec l’architecture. Pour changer la destination de cet endroit de passage, il se sont inspirés du white cube.

IRSUT

Au tournant des années 2000, Irsut découvre le graffiti dans sa ville natale, Arras (Nord-Pas-de-Calais). Sa passion pour cette discipline le pousse rapidement à découvrir d’autres techniques comme l’illustration à l’encre de chine ou l’utilisation de l’acrylique ainsi qu’à changer de médium et de support fréquemment. Il prône la créativité avant tout car c’est dans la création qu’il se retrouve. Lors d’une visite au musée « Zervos » de Vezelay, il est frappé par la pureté des œuvres de Calder et de Miro, regroupées pour une exposition.

Dès lors, son travail se tourne essentiellement vers l’abstraction. Il travaille majoritairement sur de grands formats, murs et toiles, se plaît en pleine nature, comme pour son installation « Formes et Migrations » dans la réserve naturelle de la Massonne. Il a tout de même accepté l’exercice du petit format lors d’une exposition à la galerie « Grimont » à Paris. Attentif, exalté par tout ce qui l’entoure, pour lui, l’art doit se concentrer vers la nature et la vie. Il zoome, sélectionne, fragmente (des images, ses travaux et ses visions) de manière à générer des formes qui composeront des oeuvres devenues abstraites. Ces dernières donnent alors des expressions concrètes et créent un langage qui évoque le présent, la simplicité, le minimalisme, le dialogue, l’équilibre et le vide. Pour lui, la peinture est un moment suspendu où il cherche à rassembler pulsion créative, intuition et spontanéité. Chaque période de création devient un lieu d’expression et de retenue, d’incertitude, de doute, de satisfaction mais surtout un face à face avec lui-même. C’est une balade avec son inconscient. Il est adepte d’une abstraction joviale qui selon lui pourrait devenir « cognitive ».

ZOER

Zoer est diplômé de Strate College en 2008. Il a notamment été invité à Bilbao, Seattle, Mexico, Hong-Kong, Moscou, pour réaliser des murals de grande échelle. Son travail a été exposé à la Kaikai Kiki Gallery de Tokyo, à la Vancouver Art Gallery de Vancouver et au Musée d’Art Contemporain de Lyon. Il est le commissaire d’exposition de 2KM3 Contemporary Art Platform et est notamment collectionné par l’artiste Takashi Murakami.

Peintre figuratif, l’acrylique et l’huile sont ses médiums de prédilection, il les emploie sur toile ou in situ pour interroger le devenir de la substance industrielle. L’étude de l’objet a déterminé ses recherches plastiques : comprendre leur philosophie, leur usage et leur détermination le conduise à capter en peinture leur vie puis leur après-vie. A l’heure où les matériaux employés dans l’industrie sont pensés pour être recyclés ; à l’heure d’une consommation accélérée et quand l’obsolescence est programmée, il peint la déliquescence des corps travaillés par l’homme. C’est par la représentation d’épaves que Zoer explore ce premier état de transformation et de transition. Par le prisme de l’automobile, incarnant toute la complexité du XX siècle tant dans ses contraintes techniques que son impact sociologique, il mémorise le dernier reflet d’un passé qui s’efface très vite et dont la déconstruction semble à même de rendre enfin compte de toute son épaisseur. En peinture, il interprète le romantisme des espaces en mutation où l’objet est laissé entre les mains de la providence, la tôle redevient nature, la forme devient contour et la couleur brûle, s’oxyde, est solarisée, s’organicise. C’est la délicate dramaturgie du crépuscule des objets qu’il exprime, par une touche oscillant entre précision et rapidité associée à une palette colorée intense et lumineuse. Zoer souhaite garder la trace de ce passé industriel conçu par et autour de l’Homme.